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02 Oct

La stratégie de la non-violence

Publié par Citoyens & Policiers

La stratégie de la non-violence

Aujourd’hui, 2 octobre, c’est la Journée internationale de la non-violence, décrétée par l’ONU. Mais c’est également l’anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi, l’un des pionniers de la philosophie et de la stratégie de la non-violence, qui s’est illustré dans son combat pour l’indépendance de l’Inde.

C’est avec grand plaisir que, pour l’occasion, je vais mettre Gandhi à l’honneur dans cet article en utilisant ses citations.

Qu’est-ce que la non-violence ?

« La non-violence, sous sa forme active, consiste en une bienveillance envers tout ce qui existe. C’est l’amour pur. »

Définir les limites de la violence et de la non-violence peut sembler laborieux. D’une personne à l’autre, les sensibilités changent, les points de vue aussi, et un acte peut sembler violent pour une personne et pas du tout pour une autre. À mon sens, il y a plusieurs degrés de non-violence selon les situations auxquelles vous faites face. L’important est de toujours mesurer les conséquences de vos actes envers autrui.

Si vous sabotez une foreuse de gaz de schiste pour éviter que son exploitation n’empoisonne l’environnement, les hommes et les animaux, alors détruire une machine, faire perdre de l’argent à une entreprise constituent des conséquences minimes par rapport à la cause que vous défendez, plus globale, plus tournée vers le bien-être commun.

La non-violence n’est pas l’inaction. Il est faux de penser qu’être non-violent fait de vous quelqu’un d’inutile et d’inefficace, bien au contraire.

« La non-violence ne consiste pas à renoncer à toute lutte réelle contre le mal. C’est au contraire, contre le mal, une lutte plus active et plus réelle que la loi du talion. »

Agir avec non-violence demande un peu de créativité, de l’ingéniosité et de l’humour. Les actions non-violentes sont infinies. Vous pouvez très bien détourner une publicité, utiliser de la peinture, détourner un message politique afin de le ridiculiser, déployer simplement une banderole avec un message intelligent qui va faire réfléchir, etc. Tout est dans la symbolique, dans le message que vous souhaitez faire passer. Mais surtout, vous agissez sans violence, intelligemment, vous attirez la sympathie et on ne peut pas faire usage de la force contre vous.

« L’épée de la résistance passive n’a pas besoin de fourreau et nul ne peut en être dépossédé par la force. »

Et c’est en cela que l’action non-violente est d’une efficacité redoutable. Lorsque vous agissez avec non-violence et que vous avez face à vous des forces de l’ordre, que peuvent-elles faire si vous êtes clown activiste, que vous agissez avec humour et ne représentez pas une menace ? Vous faites passer un message tellement juste et sincère que faire usage de la force contre vous reviendrait à vous offrir une victoire pleine et entière aux yeux de l’opinion publique, qui s’indignerait d’un usage démesuré.

« Il faut chercher à émousser complètement l’épée du tyran, non pas en la heurtant avec un acier mieux effilé, mais en trompant son attente de voir lui offrir une résistance physique. »

Si vous arrivez monté sur vos grands chevaux, prêt à en découdre, si vous représentez une menace physique, il sera très simple pour votre adversaire de faire usage de la force contre vous et de la légitimer auprès de l’opinion publique. Aussi nobles vos intentions soient-elles, l’usage de la violence décrédibilisera votre cause et votre action sera retournée contre vous. En utilisant la violence, vous offrez à votre adversaire l’occasion de vous battre avec des armes qu’il a l’habitude d’employer lui-même contre vous. Vous ne le déstabilisez pas, vous le renforcez.

Il y aurait beaucoup à dire sur les mobilisations contre la loi travail de ces derniers mois, et l’utilisation de la violence n’est pas la seule cause de leur inefficacité. Néanmoins, elle a permis au gouvernement d’instrumentaliser allégrement cette violence pour décrédibiliser tout un mouvement. Il a lui-même permis d’employer cette violence pour justifier une répression accrue et nous diviser au sein même du mouvement.

« Je m’oppose à la violence parce que, lorsqu’elle semble produire le bien, le bien qui en résulte n’est que transitoire, tandis que le mal produit est permanent. »

Il est bien plus facile d’exprimer sa colère, sa frustration, en utilisant la violence dans la contestation que d’utiliser la non-violence. C’est humain. Il est compréhensible que le niveau de violence auquel nous faisons face quotidiennement nous pousse à sortir de nos gonds et à vouloir nous battre violemment contre ces injustices. Mais cette colère, totalement justifiée, ne sert à rien si elle est mal utilisée, ainsi que la force, l’énergie que vous avez peut-être exprimées de façon à désarçonner totalement votre adversaire.

« En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur. »

Si vous avez à porter de belles valeurs de justice, d’équité, de solidarité, de paix, alors utilisez-les dans votre contestation. Soyez pleinement les valeurs que vous défendez. Et votre adversaire, totalement étranger à ces valeurs humaines, sera incapable de faire face à vous sans commettre des erreurs.

« La non-violence est infiniment supérieure à la violence, le pardon est plus viril que le châtiment. Le pardon est la parure du soldat. »

Comment un gouvernement pourra-t-il justifier l’emploi de la force envers une masse de personnes pacifistes, n’ayant, à aucun moment, fait preuve de violence ? Comment pourra-t-il faire face à une majorité unie sous le même étendard de paix ? Si vos valeurs sont inconditionnellement justes, si elles sont tournées vers le bien commun, comment pourra-t-il s’opposer à cela ? Si un gouvernement utilise la force contre sa population unie qui demande que des valeurs justes soient appliquées, alors il se révèle ennemi de tout son pays, et se décrédibilise aux yeux de tous en rendant illégitime son pouvoir.

« Le vrai démocrate est celui qui, par des moyens non-violents, défend sa liberté, par conséquent celle de son pays, et finalement celle de l’humanité tout entière. »

L’union par la non-violence fait la force. Commençons par nous rassembler au lieu de nous diviser. Combattons quotidiennement de manière intelligente et stratégique, utilisons notre colère par des tactiques judicieuses.

Utiliser la non-violence pour combattre une cause demande plus de temps, mais la victoire est plus stable, plus maîtrisée et plus juste. Soyons plus intelligents que nos adversaires, ne leur tendons pas le bâton pour nous faire battre. Utilisons des moyens contre lesquels ils n’ont aucun pouvoir. « On ne récolte que ce que l’on sème » : c’est pour moi un leitmotiv. Il ne tient qu’à vous de semer les graines des fruits que vous souhaitez récolter.

Enfin, une petite dernière pour la route – pour vous, mesdames ! Merci Gandhi : « Si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes. Qui peut faire appel au cœur des hommes avec plus d’efficacité que la femme ? »

Gaëlle Van Der Maslow, activiste, membre du Collectif Citoyens & Policiers et du Collectif des Désobéissants, Montpellier

Quelques références d’ouvrages intéressants sur le sujet :

– Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes de Srdja Popovic (Payot, 2015)

– La Force sans la violence de Gene Sharp (L’Harmattan, 2009)

– Résistance non-violente de Gandhi (Buchet/Chastel, 2007)

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À propos

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » - Benjamin Parker