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08 Dec

Philippe Pichon : « Désobéir en démocratie : refusons ensemble de collaborer au mensonge d’État »

Publié par Citoyens & Policiers

Philippe Pichon : « Désobéir en démocratie : refusons ensemble de collaborer au mensonge d’État »

Philippe Pichon, commandant honoraire de la police nationale, auteur et consultant en gestion des risques, a été mis à la retraite d'office à 39 ans, par mesure disciplinaire, pour avoir dénoncé les usages illégaux du fichier d'antécédents policiers, le STIC.

Dans une démocratie mollement exercée, nous sommes tous des employés de l’État-mensonge. Refusons ensemble de collaborer au mensonge d’État idéocratique.

 

Analysons tout d’abord le sentiment d’impuissance qui semble peser sur nous, citoyens. Tous nous nous résignons à subir notre destin. Nous obéissons, ici à des ordres illégaux, là à des injonctions coupables, par peur de perdre les quelques avantages matériels promis à ceux qui se taisent. Je refuse de croire à une quelconque fatalité. Ce qui fait la force de l’État idéocratique, c’est la démission des citoyens. Aussi je vous invite à refuser toute coopération avec les mensonges sur lesquels repose l’ordre financier de la société française actuelle. La « grande » finance et l’ultra-libéralisme ne peuvent se cacher que derrière la mystification. Le mensonge ne peut vivre que par le profit et la violence. La barbarie ne met pas tous les jours sa patte froide et lourde sur toutes les épaules ; elle n’exige de nous que l’obéissance au mensonge, la participation quotidienne au mensonge – c’est la seule loyauté qui est exigée de nous.

 

La clé la plus simple et la plus accessible de notre « libération », que nous avons négligée jusqu’à présent, se trouve dans la non-participation personnelle au mensonge d’État. Cette clé a un visage : culture. Ce chemin de la résistance intellectuelle et culturelle est le seul qui soit accessible à tous. Certes, il est semé d’embûches, mais il deviendra plus facile et plus court pour nous tous si nous le prenons dans un effort commun, et en rangs serrés.

 

Je ne suis ni moraliste ni stratège politique. Cependant, j’ai franchi le pas qui conduit de l’exigence éthique à l’action. J’ai pris le risque d’être démissionné de la police nationale, d’être licencié d’un job de fonctionnaire réputé acquis à vie. J’ai été mis à la retraite d’office pour avoir refusé d’obéir à des instructions manifestement illégales. Commandant retraité à 39 ans… sans retraite financière. Partant de l’obligation faite à l’homme de dire la vérité, j’incite mes concitoyens à la résistance ouverte contre les mensonges établis et souhaite esquisser un « programme » qui vise au changement politique de la société française.

 

Étienne de La Boétie, Henry David Thoreau, Léon Tolstoï et quelques autres auteurs de chevet enseignent que, si nous n’avons pas le courage civique de prendre le risque de cette résistance, nous deviendrons nous-mêmes les artisans de l’oppression que subiront nos enfants. Si nous restons prisonniers de notre peur, nous devrons cesser de nous plaindre d’être étouffés, car c’est nous-mêmes qui le faisons.

 

Quelque chose est possible. Ensemble, policiers-citoyens et citoyens.

 

Je vous propose, mes compagnons, un code d’honneur afin d’agir au quotidien, en refusant concrètement de collaborer avec le mensonge. Par exemple, je ne me laisserai pas contraindre à participer à un vote de deuxième tour d’une élection présidentielle où serait présente la candidate du Front national ; je ne me laisserai pas imposer cette dictature de l’émotion et ce mensonge de « front républicain ». Je ne lèverai pas la main, dans mon entreprise, dans mon service, pour exprimer mon accord avec une proposition qui ne correspond pas à ma pensée. Je quitterai immédiatement une réunion ou une discussion où un orateur se laisse aller à une propagande raciste et xénophobe. Je n’achèterai ni ne m’abonnerai à un journal ou une revue qui déforme les informations. Ce sont certes de petites choses, mais qui comportent déjà de grands renoncements à abdiquer. Si chacun avait le courage d’adopter pour lui-même une telle ligne de conduite, c’est toute la cité – au sens grec du terme – qui commencerait à changer.

 

L’esprit humain est capable d’endiguer la ruée sauvage de la violence étatique, économique et sociale. On ne doit jamais accepter l’idée que le cours meurtrier de l’histoire est irréversible et que l’intelligence sûre d’elle-même ne peut agir sur la force dévastatrice la plus puissante du monde. Seule l’inflexibilité de l’esprit humain, fermement dressé sur la crête mouvante de la violence sociale, est la véritable défense de toute l’humanité, c’est-à-dire du Progrès.

 

Pendant vingt ans sous l’uniforme bleu nuit, j’ai compris une grande vérité, à savoir que ce n’est pas le fusil, ce ne sont pas les armées, ce n’est pas l’arme nucléaire qui engendrent le pouvoir, et le pouvoir ne repose pas sur eux. Le pouvoir naît de la docilité de l’homme, de sa lâcheté, du fait qu’il accepte d’obéir. J’ai appris, à mes dépens, quelle peut être la force foudroyante de l’insoumission de l’homme. Et les chefs le savent aussi.

 

Ce dont François Hollande et les caciques du PS ont eu besoin durant ce quinquennat, ce n’est pas de femmes et d’hommes qui croient aux dogmes ou aux principes auxquels eux-mêmes ne croient plus depuis belle lurette, non, ils ont eu besoin de femmes et d’hommes soumis. Et quand on nous menace de chômage de longue durée, qu’on nous laisse pourrir dans des déserts culturels ou qu’on tente de nous noyer dans des océans de bêtise intellectuelle, ce n’est pas un acte de foi dans l’ultra-libéralisme que l’on cherche à obtenir de nous, mais notre soumission ou, tout au moins, un compromis.

 

Citoyens, finissons-en avec la servitude volontaire : tous les sujets participent eux-mêmes à leur sujétion – alors même que le roi est mort. D’une manière ou d’une autre, tout le monde est impliqué dans les forfaits du pouvoir, tout le monde travaille à cette entreprise collective et publique de renoncement au quotidien, consolidant ainsi le système, lui créant même des valeurs. Tout le monde vote docilement aux élections et s’abstient de protester. Personne n’ose inventer le vote blanc. Tous les votes se valent : il faut toujours exécuter les ordres, de gauche, de droite, de gauche extrême, d’extrême droite. Tout le monde est en quelque sorte fonctionnaire du renoncement. Ainsi nous tous, que nous le voulions ou non, construisons le système dont nous nous prétendons les premières victimes.

 

Dès lors que le pouvoir vient uniquement du consentement de chacun à se soumettre, celui qui refuse l’assujettissement affaiblit le pouvoir, tandis que celui qui accepte de collaborer le renforce. Seule la volonté de lutter contre l’arbitraire permet au citoyen de se comporter comme un homme intègre. Intègre et digne. En sauvegardant son intégrité et sa dignité, l’homme préserve du même coup son humanité.

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andre 18/12/2016 00:43

Mes respects Monsieur PICHON
Puissent d'autres officiers et agents du systeme mettent l'Esprit avant la lettre.
Et la moralité avant la légalité.
Cordialement
Cedric

À propos

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » - Benjamin Parker